De Tanger à Lagouira, le Maroc commémore ce vendredi le 51e anniversaire de la Marche Verte, l’un des épisodes les plus marquants de son histoire contemporaine. Cinquante et un ans après la mobilisation lancée par Feu Hassan II, cette date reste associée au parachèvement de l’intégrité territoriale du Royaume et à une mobilisation nationale qui avait réuni des centaines de milliers de Marocains derrière un même objectif.
Le 6 novembre 1975, quelque 350.000 volontaires, venus de différentes régions du Royaume et issus de toutes les catégories de la société, avaient pris la direction du Sud à la suite de l’appel lancé par le Roi Hassan II. La marche, organisée dans un cadre pacifique, reste depuis profondément ancrée dans la mémoire collective marocaine et constitue l’un des symboles de l’unité entre la monarchie et le peuple.
De 1975 à la consolidation de la présence marocaine au Sud
La Marche Verte avait ouvert une nouvelle étape dans le processus de récupération par le Maroc de ses provinces du Sud, alors sous administration espagnole. Quelques mois plus tard, le drapeau marocain était hissé à Laâyoune, le 28 février 1976. Oued Ed-Dahab rejoignait à son tour le Royaume le 14 août 1979, autre date devenue centrale dans le calendrier national lié à l’intégrité territoriale.
Au fil des décennies, la commémoration du 6 novembre a dépassé le seul rappel de l’événement historique. Elle constitue également un rendez-vous consacré au bilan de l’action engagée dans les provinces du Sud et à l’évolution du dossier du Sahara sur les plans politique, économique et diplomatique.
Cette 51e édition intervient justement dans une séquence particulière. Ces dernières années, Rabat a enregistré de nouveaux soutiens internationaux à son initiative d’autonomie, présentée en 2007 comme solution politique au différend. Plusieurs États ont renforcé leur appui à cette proposition ou ouvert des représentations consulaires dans les provinces du Sud, donnant une nouvelle dimension à l’offensive diplomatique marocaine sur ce dossier.
Un vote à l’ONU qui confirme les lignes de fracture
La réunion du Conseil de sécurité du 30 octobre 2026 a constitué le dernier épisode de cette séquence diplomatique. Un projet de résolution présenté par les États-Unis et accordant une place centrale à l’initiative marocaine d’autonomie a recueilli 11 voix favorables, contre une et trois abstentions. Le texte n’a toutefois pas été adopté en raison du veto opposé par la Russie.
Ce vote a néanmoins montré l’ampleur du soutien obtenu par le texte américain au sein du Conseil, tout en rappelant les divergences persistantes entre ses membres sur les modalités de règlement du différend. La question du Sahara demeure ainsi au cœur d’un processus diplomatique où Rabat cherche à faire de l’autonomie sous souveraineté marocaine la base d’une solution politique définitive.
La séquence intervient également après plusieurs années durant lesquelles le Conseil de sécurité avait progressivement accordé davantage de place à l’initiative marocaine. La résolution 2797 adoptée en 2025 avait notamment appelé à des négociations prenant pour base la proposition d’autonomie, tout en maintenant l’objectif d’une solution politique mutuellement acceptable.
Les provinces du Sud au centre de la stratégie de développement
Parallèlement au volet diplomatique, le Maroc a accéléré ses investissements dans les provinces du Sud. Le Nouveau Modèle de développement de ces régions, lancé en 2015 par le Roi Mohammed VI, a donné lieu à plusieurs chantiers dans les infrastructures, l’énergie, les transports, la santé, l’éducation et l’investissement.
Routes, ports, aéroports, projets énergétiques et équipements sociaux ont progressivement redessiné le paysage économique régional. L’objectif affiché est de transformer les provinces du Sud en pôles d’investissement capables de renforcer les échanges avec l’Afrique subsaharienne et de jouer un rôle croissant dans les connexions économiques du Royaume avec le continent.
Cette stratégie prend une dimension supplémentaire avec plusieurs initiatives portées par le Maroc à l’échelle africaine. Le Processus des États africains atlantiques, l’initiative destinée à faciliter l’accès des pays du Sahel à l’océan Atlantique et le projet de gazoduc africain atlantique Nigeria-Maroc placent les régions du Sud au cœur d’un dispositif plus large d’intégration régionale.
Une commémoration tournée vers la prochaine étape
Le développement des provinces du Sud s’inscrit également dans le chantier de la régionalisation avancée, avec l’objectif de renforcer la gestion territoriale et la participation des populations aux décisions locales. Pour Rabat, cette approche doit permettre d’articuler investissements publics, attractivité économique et amélioration des services destinés aux habitants.
Cinquante et un ans après la Marche Verte, la commémoration conserve ainsi une forte dimension historique, tout en se projetant désormais sur des enjeux politiques et économiques plus larges. Entre mémoire nationale, développement territorial et bataille diplomatique, le 6 novembre reste l’un des rendez-vous autour desquels le Maroc réaffirme sa position sur son intégrité territoriale et les orientations qu’il entend poursuivre dans les provinces du Sud.


